Qu’est-ce que l’Argolide ? Si l’historiographie moderne la désigne comme une région du nord-est du Péloponnèse, ses contours, sa cohérence et même sa réalité territoriale demeurent largement indéterminés. Jamais constituée en entité politique ou ethnique unifiée, à la différence de l’Arcadie, de la Messénie ou de la Laconie, l’Argolide échappe aux définitions traditionnelles de l’espace régional antique. Pour comprendre ce territoire singulier, il faut se tourner vers l’histoire des représentations et des constructions territoriales. L’Argolide antique apparaît alors comme le produit d’un discours élaboré par la cité d’Argos dès la fin de l’époque archaïque afin de légitimer sa domination sur un espace bien plus vaste que sa propre chôra, l’Argeia. Elle s’enracine dans la mémoire d’un territoire mythique, celui attribué à Téménos dans le récit du retour des Héraclides. Ce n’est toutefois qu’à l’époque romaine, à partir du Ier siècle apr. J.-C., que l’Argolide acquiert véritablement le statut de région géographique et culturelle, sous l’impulsion des autorités impériales. En retraçant la genèse et les transformations de cette construction territoriale, cet ouvrage invite à repenser les formes d’appropriation de l’espace dans l’Antiquité et à renouveler notre compréhension de la géographie du monde grec.
L'auteure
Ancienne membre de l’École française d’Athènes et agrégée d’histoire, Clémence Weber-Pallez est maîtresse de conférences en histoire grecque à l’Université Toulouse – Jean Jaurès. Ses recherches portent sur les dynamiques territoriales, politiques et sociales de la cité d’Argos ainsi que sur les espaces montagnards du Péloponnèse antique. Elle a notamment codirigé Argos through the Argive Lens. A Reappraisal of an Ancient City (Athènes, École française d’Athènes, 2025), avec Evan Vance, et Territoires multiples. Espaces, définitions, expériences dans le monde grec : VIIe-Ier siècle av. J.-C. (Pessac, Ausonius, 2025), avec Stefania De Vido, Arianna Esposito et Airton Pollini.